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Hugues Simard est psychologue et propriétaire de La Clinique de Psychologie Québec. Rencontre avec un passionné de l’humain qui utilise la créativité tous les jours, autant avec ses patients que pour développer son entreprise.

Quelle est ta définition de la créativité?

C’est être capable d’aborder quelque chose de complexe en utilisant de nouvelles façons de faire, en regardant le problème sous un autre angle.  En psychologie, on a besoin de créativité. Il faut faire appel à notre intelligence émotionnelle pour contourner les résistances et accéder à la conscience du patient qui a besoin de s’exprimer.

Est-ce qu’il y a des traits de caractère typiques aux gens créatifs?

Oui, ce sont des gens persévérants. Parce qu’à force de continuer d’essayer, ils finissent par trouver un insight, une solution, un chemin créatif. Ce sont aussi des personnes à l’aise avec les nouveautés, la complexité et le non standard.

Est-ce important d’innover dans ta pratique?

Toujours parce que la société évolue rapidement. Par exemple, il a fallu s’adapter aux conséquences négatives de la pandémie ainsi qu’aux enjeux liés à la définition des genres. Il y a aussi l’IA qui bouscule notre façon d’interagir avec les connaissances et qui enlève la ligne entre le vrai et le faux. Mon défi, c’est de prendre du recul pour comprendre les phénomènes sociaux et la culture. Ça va vite et je dois constamment me repositionner.

Hugues est à la tête d’une équipe multidisciplinaire de 75 personnes dans 5 cliniques.

Être créatif, est-ce que ça peut nous aider à être plus heureux ou à nous sentir mieux?

Oui, car il y a une énergie dans la créativité. Cette énergie vitale procure de la fierté, un sentiment de réalisation, de l’estime et de la confiance en soi. En plus, ça amène une actualisation de notre potentiel.

Qu’est-ce qui t’inspire? Où trouves-tu tes idées pour développer ta pratique et ton entreprise?

J’écoute beaucoup. Il y a toujours une opportunité qui se présente quand tu sais écouter, ça vient vers toi sans forcer. Je suis un adepte de la créativité collective, de la coconstruction. Alors j’écoute mes partenaires et mes collègues. Je m’écoute moi aussi. Par exemple, quand je vais courir, je pars toujours avec une question. Et souvent, la réponse va émerger dans la deuxième partie de ma course.

Comment les gens peuvent-ils débloquer leur créativité?

En diminuant l’anxiété, la confiance augmente et la créativité reprend sa place. D’un autre côté, la tristesse et la mélancolie créent des failles qui amènent une intensité émotionnelle dans la créativité. Le silence et l’ennui peuvent aussi aider. Lorsque les enfants s’ennuient, ils vont se mobiliser pour inventer un jeu ou aller vers les autres. Évidemment, si on vit un grand enjeu de survie, on va être assurément créatif pour s’en sortir.

Hugues s’apprêtant à animer un atelier.

Est-ce que les contraintes te rendent plus créatif?

Oui, parce que, si un patient ne veut pas aller où je veux l’amener, je dois être créatif. La contrainte oblige la créativité, car il n’y a pas de chemin établi. Si tu dois te rendre à Montréal, à pied, sans prendre l’autoroute, tu n’auras pas le choix d’être créatif.

Qu’est-ce qui fait que les enfants sont naturellement créatifs, mais que plusieurs perdent cette capacité en vieillissant?

L’enfant qui n’a plus de jeu libre, qui est toujours devant un écran, perd aussi sa créativité. Le problème, c’est que la société nous demande de jouer un rôle spécialisé. Il y a longtemps, le chasseur-cueilleur utilisait plusieurs compétences à la fois. Aujourd’hui, on prend toujours le même chemin, on répète les mêmes gestes. En vieillissant, notre cerveau se spécialise. Mais ce n’est pas une fin en soi. Grâce à la neuroplasticité, on peut entrainer notre cerveau et créer de nouveaux chemins neuronaux.

Quelle est l’importance de l’intuition dans ton travail?

Pour moi, l’intuition, c’est le savoir qui vient des neurones partout dans le corps. Ça peut être perçu par plusieurs sens, le ton de la voix, le narratif, le non verbal et tout ça émerge tranquillement à la conscience. Dans le cadre professionnel, j’utilise l’intuition combinée à mes outils. Mais je fais aussi des recherches dans d’autres domaines, comme les sciences, la physique, l’astrophysique, l’histoire. Tout ça renforce mon intuition.

Certaines personnes pensent qu’elles ne sont pas créatives, car elles ne travaillent pas dans un domaine artistique ou créatif, qu’aurais-tu envie de leur dire?

La créativité est partout, ça appartient à l’humanité. Et à la nature aussi, qui s’adapte pour survivre. Si vous avez déjà résolu un problème ou fait un dessin, vous êtes une personne créative.

L’inspiration finale

 « Malheureusement, on accorde plus de valeur à l’extérieur qu’à soi. Mais les vérités et les réponses sont déjà en nous. »

Hugues Simard, psychologue et propriétaire

La Clinique de Psychologie Québec