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Olivier Auriol est compositeur de musique de films, de séries télévisées, de documentaires, de dessins animés et de publicités chez Studio SFX. Rencontre avec un créatif qui ajoute de l’émotion aux images grâce à sa capacité à composer des ambiances sonores.

Quelle est l’importance de l’intuition dans ton travail?

Tout part d’une intuition. Le choix de la musique et des instruments, c’est un ressenti. Quand tu composes tout le temps, le processus d’écrire de la musique disparait. Il faut aussi avoir confiance en ce qu’on fait. Je ne peux pas composer en doutant. Je crée par instinct, il ne faut pas trop réfléchir.

Pour toi, qu’est-ce qu’une bonne création musicale?

Quand je crée à partir de ce que j’ai envie de dire et que l’auditeur ressent un wow. Tu ne peux pas essayer de faire croire ou ressentir quelque chose que tu ne crois pas toi-même. Aussi, si j’ai besoin de t’expliquer ce que j’ai créé, c’est qu’il y a quelque chose qui ne marche pas.

Comment définirais-tu la créativité?

C’est être capable de mettre une partie de ton vécu et de ton âme dans ce que tu produis. C’est synthétiser ton ressenti, tes joies, tes blessures et tes non-dits et de les exprimer dans ton acte créatif. Le besoin de créer, ça vient aussi avec son lot d’inquiétudes. Est-ce que je suis encore bon? Est-ce que je suis un imposteur?

Tu composes pour différents médiums, est-ce que le processus est différent?

En publicité, tu as 15 ou 30 secondes pour influencer ce que tu as à vendre, les balises sont précises. En documentaire ou en film, en tant que compositeur, j’influence le ressenti de la scène. Ma musique devient un personnage narratif. Ça donne un second degré à tout.

Est-ce important d’innover dans ton travail?

L’innovation vient du projet sur lequel je travaille. Je suis un caméléon au service du produit. Innover c’est important par rapport à moi-même. Je ne peux pas toujours avoir la même recette.

Quelle est la part d’essai et erreur dans ton processus?

Chaque scène a un tempo, je le vois, je le ressens.  Avec mes notes, j’arrive à comprendre un personnage, j’entends les instruments dans ma tête. Il y a toujours une part de chance et d’erreur et il faut avoir l’humilité de partir sur autre chose. La majorité du temps, je suis convaincu de ce que je fais.

Est-ce que les contraintes sont un moteur créatif pour toi?

Avec l’expérience, j’arrive à comprendre le cadre avec quelques mots du réalisateur. Les relations professionnelles se simplifient aussi, les gens ont confiance. Ceci dit, quand j’envoie un premier jet, j’ai encore un peu peur. Il faut demeurer humble. Si tu n’as pas peur, c’est que tu es au-dessus de tes affaires.

Comment vois-tu l’impact de l’intelligence artificielle sur ce que tu fais?

Il y a 30 ans, tout était composé. Après, il y a eu la musique libre de droits qui était chère et compliquée à utiliser. Maintenant, avec les banques de musique, il y a 50 000 morceaux disponibles. Et plus tu as une abondance, plus ton produit se dévalue. Malheureusement, la loi du marché amène à toujours produire plus vite et pour moins cher. C’est la même chose dans de nombreux domaines d’activités.

Qu’est-ce qui t’inspire?

Être curieux par rapport à la musique et les gens. Je trouve mes mélodies dans la douche, en marchant ou à vélo. Je trouve souvent quelque chose à composer dans ma tête avant d’aller sur les instruments.

Est-ce que le langage de la musique a des frontières?

Même si c’est enraciné dans les traditions, dans la société dans laquelle tu vis, une fois que tu connais les styles musicaux et les instruments à travers la planète, la musique n’a pas de frontière. Le tempo, la dynamique, la progression, le doux, le fort, le vite, le lent, ce qui fait que c’est bon, c’est le contraste. Et les silences dans la musique, c’est important. C’est une façon de capter l’auditeur, peu importe son origine.

L’inspiration finale

« Pour être un artiste, il faut être un rêveur. S’inventer des histoires, des lieux, des images et trouver le moyen de les exprimer avec son médium! »

– Olivier Auriol